Retour en imageNaissance du jardinLe temps des jardinsVocation horticoleLes aménagementJardin des LumièresLa BibliothèqueL’amphithéâtreJardin des artsJardin en musiqueJardin d’enfantsJardin de fêtes

Retour en image

Naissance du jardin botanique

Nationalisés à la Révolution, les anciens couvent et enclos des Capucins, contenant les nombreuses plantations des moines, sont conservés par le Département en 1791, afin d’être affectés à l’enseignement. Transformés en Ecole Centrale, ces équipements sont utilisés pour, entre autre, des cours de botanique. Le 12 vendémiaire an III (3 octobre 1794), la Commission temporaire des arts, organe du Comité d’Instruction publique, accepte le don fait à la République par le “citoyen Bouillon” de ses plantes exotiques. Composé de végétaux rares et précieux acquis par le Duc de Bouillon en Grande-Bretagne et en Hollande, cette collection orne les jardins du château de Navarre. Le Duc propose également le transfert des trois « serres chaudes et hollandaises » afin de les sauver de la démolition. Ces structures de grandes dimensions sont installées dans le Jardin des Capucins en 1799. Après la disparition des Ecoles centrales en 1803, le Département cède l’ancien couvent et le jardin à la ville, qui devient définitivement jardin botanique. 

Le temps des jardins

Au XIXème siècle, l’influence grandissante de la bourgeoisie industrielle et commerciale, avec son système de codes et de valeurs, entraîne une profonde évolution des pratiques culturelles et de loisirs, traditionnellement aristocratiques ou, à l’autre extrémité du spectre social, rurales. Mais les premières, qui bénéficient d’un fort prestige, continuent d’exercer leur influence (élégance, raffinement, goût pour les arts etc), alors que les secondes sont désormais jugées passéistes et rétrogrades, voire grossières (rusticité des mœurs, emploi du patois). La maîtrise de cette nouvelle culture bourgeoise devient un moyen d’ascension sociale.

A partir des années 1870, les effets conjugués des progrès techniques, de l’amélioration générale du niveau de vie et de l’extension de l’instruction publique favorisent le développement de nouvelles activités culturelles et de sociabilité. S’ajoute à ces mutations la réduction progressive de la journée de travail, qui permet l’apparition de nouveaux usages du temps libre : développement de la lecture, participation à de nouvelles formes de spectacles en plein air et de divertissements, démocratisation de la promenade et du temps pour soi…

jardin public
Jardin public, 1900

En réaction à l’industrialisation, le désir de lumière, de plein air et d’un rapport renouvelé à la ville imprègne progressivement l’ensemble de la société urbaine de la fin du XIXème siècle. Eléments essentiels d’une nouvelle conception de l’urbanisme offrant plus de place aux surfaces vides de construction et intégrant hygiénisme et esthétique, les jardins publics et les espaces verts sont l’objet d’une attention particulière. Représentant des zones d’aération dans un tissu urbain encore dense, réaménagés, embellis, ils deviennent des lieux privilégiés pour le développement des loisirs et du jeu social. On s’y montre et on s’y juge sur l’apparence : sous l’influence de la mode parisienne diffusée par la presse et les premiers « grands » magasins, l’image de soi occupe une place nouvelle. 

Deux « espaces verts » sont emblématiques de ces évolutions à Evreux.

Théâtre des représentations sociales, le jardin botanique s’affirme à la fin du XIXème siècle comme le foyer d’une vie collective et culturelle intense. Les cours de botanique, les concerts, les fêtes et manifestations de toute nature… multiplient les occasions pour les différentes composantes de la population ébroïcienne de se cultiver et de se distraire, mais aussi de se croiser et de partager des moments de convivialité dans un environnement naturel aménagé au cœur de la ville. Les nurses avec enfants côtoient les familles de la petite bourgeoisie et les vieux oisifs.

Un peu excentré, le Pré du Bel Ebat, vaste étendue vide de toute construction et d’aménagement, accueille des manifestations de grande envergure : défilés militaires, concours régionaux, fêtes et foires commerciales… autant d’évènements populaires attirant une foule nombreuse.

Une vocation horticole

Bien que le transfert de nombreuses plantes rares et précieuses données par le Duc de Bouillon ait eu lieu en 1804 vers le Muséum du Jardin des plantes de Paris, la vocation botanique et horticole du jardin n’est pas remis en cause. Témoignant de l’importance accordée au jardin botanique par la Municipalité, celle-ci nomme un conservateur pour le gérer. Le jardin, riche de plantes exotiques à l’entretien délicat, doit beaucoup à ses directeurs successifs : MM. Edeline en 1804, Piéton en 1810, Beaucantin (père et fils) de 1812 à 1856 et surtout Piéton. Conservateur de 1856 à 1901, Prosper – Arthur Piéton (1816-1903) contribue largement au développement du jardin dans la seconde moitié du XIXème siècle : professeur d’agriculture et d’horticulture à l’école normale d’Evreux, auteur d’un « Manuel d’agriculture et d’horticulture du Département de l’Eure », il est un artisan infatigable du rayonnement du jardin botanique. Ses missions sont multiples : entretien des serres, de l’école botanique, de la pépinière départementale (le département verse une subvention annuelle de 2000 francs destinée à l’entretenir) et de tout ce que comprend le jardin sous le rapport de l’utilité et de l’agrément.

Une de ses tâches essentielle est la tenue régulière des inventaires des multiples espèces de plantes. En 1895 le Jardin botanique contient 1011 arbres fruitiers, 672 arbres, arbustes ou plantes de pleine terre, 630 espèces dans la serre chaude, 1766 dans la serre tempérée et enfin 244 dans l’Orangerie. Le second acteur essentiel de l’entretien et de l’animation du jardin botanique est la Société Libre de l’Eure. Afin de promouvoir l’étude et la diffusion de la botanique à Evreux, le lieu est mis à sa disposition dès 1814. Parmi ses nombreuses activités, la Société Libre y organise régulièrement des concours horticoles, visant à une émulation au sein de la population. Les horticulteurs, jardiniers, amateurs et les fabricants d’instruments de jardinage sont invités à concourir dans différentes catégories. Les produits sont exposés dans le jardin du vendredi au dimanche. Le droit d’entrée public est fixé à 50 centimes, sauf le dimanche où l’entrée est gratuite.

fruit
Poire “chat-brulé”, Pomologie française, 1846

Médailles d’or, d’argent et de bronze, mentions honorables, ainsi que primes en argent, viennent récompenser les lauréats. Les prix sont distribués en séance publique, dans l’amphithéâtre, sur décision du jury. Particulièrement prisée par la population, cette manifestation attire de nombreux passionnés au jardin public.

Les aménagements

cascade
La grotte du jardin public, 1905

A l’origine, le jardin public n’ouvre que les jeudis, dimanches et jours fériés, et seulement l’après-midi. Mais dès 1828 les ébroïciens peuvent y accomplir leur promenade quotidienne toute la journée. La promenade au jardin, synonyme de temps pour soi, dans un environnement naturel, se répand rapidement dans la population urbaine. Au delà de l’entretien courant des murs, du logement du conservateur, des serres, treillages, bassin, amphithéâtre, puits, etc… la Municipalité, soutenue par le Département de l’Eure et par la Société Libre, veille à constamment embellir et développer le jardin botanique par des aménagements nouveaux. Les serres, installées en 1799, qui provenaient du château de Navarre, sont reprises en 1837. En 1876, le Conseil municipal décide de construire une nouvelle orangerie « vaste et spacieuse qui permet de doubler la collection d’orangers. »

kiosque à musique
Projet d’un kiosque à musique par Pierre Quénat, 1882
schéma jardin botanique
Projet de transformation du jardin botanique par Pierre Quénat, 1881

A partir du IIème Empire, le modèle du jardin d’Ancien Régime, à la française, laisse la place au jardin anglais, paysager. Il se caractérise par ses pelouses, massifs d’arbres et mobilier de jardin, allées sinueuses, petits bosquets, gazons et plate bandes.

A Evreux, le réaménagement complet du jardin débute en 1881. La fin du XIXème siècle marque, à Evreux comme dans la majorité des villes de France, une période de grands travaux, dont la restructuration du principal « espace vert » de la ville est un volet essentiel. Pour les concerts publics de plus en plus fréquents qui se déroulent au jardin, un kiosque à musique est édifié, composé d’un socle en pierre et de balustrades en fer et ciment.

Et malgré quelques désaccords entre l’architecte et la Municipalité sur le règlement des travaux, l’inauguration du nouveau jardin public a lieu à l’occasion des fêtes du 14 juillet 1882, en même temps que celle de la Fontaine de l’Hôtel de ville. Un article du Courrier de l’Eure, journal conservateur, relate cette manifestation dans des termes peu élogieux

« L’affluence est considérable ; mais elle semble ne se composer que de gens qui s’ennuient. Le temps est d’ailleurs d’une lourdeur insupportable et la chaleur est affreuse. On n’entend rien, on ne voit rien ».

Sous la conduite de l’architecte paysagiste parisien Pierre Quénat, le jardin public est totalement redessiné, les allées élargies, les plantations recomposées. L’ancienne glacière, construite en 1830 et en partie abandonnée car en mauvais état, est convertie en chute d’eau avec grotte et ravine, alimentée par des canalisations du nouveau réseau d’eau potable. Un bassin avec jet d’eau prend place au milieu de l’allée centrale. 

Jardin des Lumières

Dès le début du XIXème siècle, l’association entre la Ville d’Evreux et la Société libre de l’Eure contribue à faire du jardin botanique un important centre de diffusion des savoirs. En effet, la ville met à disposition de la Société libre la bibliothèque, le jardin botanique et ses dépendances pour la tenue de ses séances et le dépôt de ses collections. En contrepartie, la Société libre contribue aux dépenses d’amélioration du jardin et de la bibliothèque. Mais c’est surtout par la création et l’animation de deux établissements culturels essentiels que le jardin botanique se retrouve au cœur de la vie culturelle ébroïcienne.

La bibliothèque

La bibliothèque du jardin public, 1905

En 1814 aboutit le projet d’installation de la bibliothèque de la Société libre dans les serres provenant du château de Navarre, libérées par le transfert des plantes au Muséum d’histoire naturelle en 1803. Les travaux durent 4 ans et les deux bibliothèques – Société libre et municipale – ouvrent leurs portes au public 3 jours par semaine à partir de 1819. Mais c’est surtout à partir des années 1880 que la bibliothèque voit sa fréquentation augmenter grâce aux lois sur l’enseignement. En 1881, un nouveau règlement permet l’ouverture pendant trois heures six jours par semaine et les collections de journaux du Département y sont déposées. Jusqu’en 1895, date à laquelle la bibliothèque municipale déménage pour occuper une salle au rez-de-chaussée du nouvel Hôtel de ville, les collections de la Société libre et de la Ville cohabitent dans ce même bâtiment, avec un seul bibliothécaire à leur tête.

L’amphithéâtre

Une lettre du 27 juillet 1832 du préfet de l’Eure Antoine Passy, adressée au maire d’Evreux est révélatrice de la volonté de promouvoir l’instruction publique qui anime les élites : « Les cours publics étant l’un des moyens que l’on peut employer avec le plus de succès pour répandre les lumières dans toutes les classes de la société, j’ai profité de la dernière session du Conseil général pour lui proposer de faire construire un amphithéâtre qui serait spécialement consacré à cet objet ». Achevé l’année suivante, le nouvel établissement est installé à proximité de la bibliothèque. Des conférences et cours pour adultes y sont rapidement organisés par la Société libre. Publiques et gratuites, les conférences portent sur des sujets très variés, concernant toutes les disciplines. Pour l’année 1879, sont abordés « La vie d’une planète », « La Fontaine, auteur dramatique, « Les vraies et les fausses maladies du cœur », « l’or et les pays aurifères » ou encore les « rapports de la politique et de la morale ». Egalement, à partir de 1865 et jusqu’en 1921, des cours publics d’arboriculture sont proposés tous les dimanches matin par le Conservateur du jardin. Mais bien que leur audience s’étende, ces conférences restent surtout fréquentées par les classes aisées et éduquées.

Fondée en 1882, la Société des Amis des Arts de l’Eure organise des loteries dans l’amphithéâtre, dont les lots se composent de peintures, pastels, aquarelles et gravures. Mais le bulletin de la Société des amis des arts se fait peu l’écho de la révolution picturale en cours, préférant un académisme de meilleur aloi.

Jardin des arts

Le plaisir esthétique, promu par la bourgeoisie, s’étend lentement à toutes les catégories sociales. La promenade au jardin public représente un temps pour soi, temps vécu autrement grâce aux progrès de l’instruction et du divertissement. On assiste à une montée de l’individualisation des pratiques de loisirs. Outre les aménagements végétaux qui doivent flatter le regard, le jardin présente statues et vestiges archéologiques, destinés à éveiller le sens du beau.

Fragments archéologiques trouvés en 1835 sous les remparts, 1910

En 1814, le maire d’Evreux, Lieudé de Sepmanville, propose de restituer à la Duchesse d’Orléans quatre statues de bronze qui proviennent du château de Bizy – dont elle a hérité – et qui ornaient différentes places d’Evreux. Touchée du geste, elle souhaite ne récupérer qu’une seule de ces statues, la plus belle, choisie par le Préfet. C’est l’Apollon du Belvédère qui quittera Evreux, et les trois autres statues l’Antinoüs, Hercule, Télèphe et Diane chasseresse sont alors installées dans le jardin public. Faute de véritable musée avant 1880, deux petits dépôts archéologiques sont installés dans le jardin public, en haut de celui-ci et derrière la bibliothèque, sans aucune protection. Fragments de sculptures et de statues, fûts de colonnes gallo-romaines, sarcophages mérovingiens, statues sont ainsi offerts à la contemplation des promeneurs.Fragments de sculptures et de statues, fûts de colonnes gallo-romaines, sarcophages mérovingiens, statues sont ainsi offerts à la contemplation des promeneurs.

Dans le sillage des lois sur l’instruction publique, les structures dédiées à l’enseignement, et notamment celui de l’art, se multiplient à Evreux  : école d’arts et métiers (1878), école de dessin (1880), ligue ébroïcienne de l’enseignement (1888), école ménagère (1896), classes de vacances (1900), cours professionnel (1907), école pratique de commerce et d’industrie (1908), et école de musique (1908). Dans ce contexte, les pratiques artistiques amateurs se démocratisent. Grâce aux progrès techniques permettant de stocker la peinture dans de petits tubes de métal et sous l’influence de nouveaux courants picturaux, des peintres installent chevalet et palette en plein air afin de peindre sur le motif. On voit aussi parfois portraitistes et « silouettistes » croquer la physionomie des promeneurs.

Jardin en musique

Organisés dès le début du XIXème siècle, les concerts et bals publics prennent leur plein essor dans le dernier tiers de celui-ci, grâce à la multiplication des sociétés musicales, d’inspiration rurale, et des fanfares militaires. A leur apogée, entre 1870 et 1917, la France compte plus de 10000 orphéons et sociétés musicales, les fanfares et les harmonies étant plus nombreuses que les chorales.

A Evreux, sont d’abord créées la Musique municipale (1856), au répertoire militaire, la Cécilienne (1860), société chorale, l’Orphéon (1863) et la fanfare de Navarre (1866). La ville soutient activement ces sociétés musicales par le versement de subventions (comme, par exemple, les 500 francs versés pour la création de l’Orphéon) et par la mise à disposition de l’amphithéâtre du jardin botanique pour les répétitions. Ces sociétés déclarent « se mettre aux ordres de l’administration municipale pour les services dont elle peut avoir besoin pour ses concerts, concours […] » ou bien encore « concourir aux cérémonies religieuses et nationales », comme il est précisé dans les statuts de l’Orphéon. Elles se produisent à l’occasion de la Fête Nationale, des kermesses, des fêtes sportives, des défilés militaires au pré du Bel Ebat, etc.

Affiche de concert au jardin public, 1905

Une seconde vague de création de ces sociétés voit apparaître la Société symphonique en 1895, l’Union départementale des sociétés musicales de l’Eure en 1897, la Société des trompes de chasse « Le Saint Hubert d’Evreux » en 1899 , l’Union des trompettes d’Evreux en 1905 et enfin la fanfare Hérissey en 1909.

Les élites portent une grande attention à l’organisation des concerts publics. En 1863, une lettre de demande du Préfet est adressé au Maire d’Evreux afin de pouvoir reprendre les concerts de la Musique municipale dans les jardins de la Préfecture. Et celui-ci, en 1881, indique au chef de la Musique municipale que « la population verrait avec plaisir recommencer les concerts publics du dimanche du jardin botanique ». Les concerts reprennent donc, de mai à août, à 16 heures, proposés en alternance par la Musique municipale, l’Orphéon et les fanfares du 6e Dragons et de Navarre. Ils permettent de diffuser, à côté des pièces de musique légère à la mode, des pièces du répertoire classique, offrant ainsi de la « grande musique » à un public qui, majoritairement, ne peut se rendre dans les salles de concert, comme le théâtre d’Evreux. Le programme du concert du 5 mai 1889 propose ainsi l’Allegro brillant de Gurtner, l’Ouverture du Val d’Andorre par Halévy, le Lakmé (fantaisie) de Delibès, la Fleurette (polka) de Ravel, le Prophète (fantaisie) de Meyerbeer et enfin la Marseillaise.

Moment d’important brassage social, le concert et le bal du dimanche au jardin public représente, pour une majorité de la population, un moment rare et privilégié des loisirs collectifs, offrant également à la jeunesse ébroïcienne des possibilités de rencontres…

Jardin d’enfants

Conservatoire d’un patrimoine naturel, le jardin public est perçu comme un lieu fragile, aménagé et entretenu par et pour une classe sociale aisée qui vient s’y promener en quête de tranquillité et de plaisir esthétique. 

Au cours des premières années de son fonctionnement, la volonté d’en exclure un public qui ne disposerait pas a priori des codes culturels nécessaires à sa préservation et à son « standing » est très claire. En 1828, le règlement de police du jardin botanique est ainsi formulé : « Les ouvriers autres que ceux de l’établissement n’y seront pas admis en habits de travail ». Par ailleurs, « il est défendu de traverser les endroits cultivés, de cueillir des feuilles, des fleurs et des fruits, de couper des branches d’arbres, et de se livrer à aucun jeu de hasard et autres jeux dont il pourrait résulter des accidents et des avaries ». Les enfants, bruyants et turbulents, potentiellement dangereux pour les plantes et susceptibles de déranger les promeneurs, n’y sont pas vraiment les bienvenus : « La porte sera refusée aux enfants qui ne seront pas avec des personnes bien connues ». L’espace réservé à leurs jeux est alors inexistant. La position de la Municipalité évolue lentement. L’article du règlement du jardin public concernant les enfants est assoupli, mais reste prohibitif. En 1873, « les enfants au–dessous de 12 ans n’y [sont] admis qu’autant qu’ils [sont] accompagnés par des personnes majeures. […] Les pères, mères, tuteurs et maîtres [sont] civilement responsables des faits délictueux commis par leurs enfants, pupilles et domestiques ».

Spectacle de cirque au jardin public, 1910

La Municipalité accède à sa demande et lui baille un terrain de 95 m² en partie haute du jardin à la condition qu’il assure notamment des représentations du 1er mai au 30 septembre, les jeudis et dimanches de chaque semaine. Quelques années plus tard, en avril 1890, un sieur Barbier, journalier, obtient l’autorisation de monter un manège de chevaux de bois pour un montant annuel de 10 francs. Son bail est repris en 1894 par un aubergiste, Léon Auger. Le manège fonctionne au moins jusqu’à la première guerre mondiale. En 1892, le Maire d’Évreux autorise la classe enfantine du lycée à prendre ses récréations, dans le jardin botanique en avant de l’amphithéâtre. Sous l’oeil vigilant du gardien, les enfants, pour la plupart encore issus des classes aisées de la population, sont ainsi devenus des utilisateurs réguliers du jardin public : landaus, balles et cerceaux font leur apparition sur les photographies et autres cartes postales de l’époque. Pourtant, durant le dernier tiers du XIXe siècle, l’allongement progressif de la durée des congés scolaires combiné à une évolution de la perception du statut de l’enfance oblige la Municipalité à mieux les intégrer et ouvre au secteur privé de nouveaux marchés. En 1887, un certain Hommais, professeur de danse, propose au Maire d’installer au jardin public un théâtre de Guignol, « quelque chose de très coquet dans le goût de Paris ».

Jardin de fêtes

Buvette du jardin public, 1910

Au départ espace principalement dédié à la représentation sociale de l’élite, l’accès au jardin se démocratise. A la fin du XIXe siècle, des fêtes populaires y sont organisées, faisant de celui-ci un lieu de brassage social, occasionnant des échanges de pratiques et de comportements.

Moment d’expression individuelle et d’appartenance à une communauté, occasion de détente et de convivialité attendue par la population ouvrière, la fête populaire devient, face à la montée des pratiques individuelles de loisirs, un grand moment de réjouissance collectif. On assiste à cette période à un phénomène de laïcisation des fêtes. Autorisant des comportements plus libres et spontanés, les fêtes laïques sont préférées aux fêtes religieuses, aux rituels perçus comme une entrave. Le but recherché est le divertissement, voire l’étourdissement au moyen de l’absorption parfois importante d’alcool. De nouvelles formes d’attractions font leur apparition : manèges, bateleurs, acrobates, stands de tirs, etc. 

Un bâtiment du jardin botanique devient incontournable : la buvette. En 1880, M. Poignet, limonadier, sollicite la Municipalité pour l’installation d’« une buvette où les promeneurs trouveront des rafraîchissements et des consommations de premier choix ». Cette buvette provisoire est installée durant les concerts publics de la saison d’été et des fêtes publiques de jour et de nuit. Puis un autre demandeur, M. Sauvage Leroux, obtient l’autorisation de s’installer chaque jour de la semaine, de 14 h à 17 h, du 1er mars au 30 septembre. A partir de 1887, celui-ci obtient l’autorisation d’installer une buvette permanente dans le jardin.

Les élites républicaines du pays ont la volonté de créer de la cohésion nationale, par l’organisation de grands rassemblements laïques. En 1880, le parlement décide que le 14 juillet devient Fête nationale. A Evreux, des moyens considérables sont développés pour cette première fête de la République, dont une partie des festivités se déroule dans le jardin botanique.

A côté des traditionnelles foires Saint Taurin et Saint Nicolas, de nouvelles formes de grands rassemblements voient le jour, réunissant militaires, associations sportives et musicales, etc. Dès le mois de mai, la Municipalité organise de grandes fêtes de nuit, débutant généralement à 20h30. Elles donnent lieu à d’importantes réjouissances populaires, avec concerts, illumination générale du jardin et grand feu d’artifice. Les fûts de bière sont installés et le kiosque à musique est entièrement décoré. A cette occasion, on distribue les prix de l’école municipale de dessin, sous la présidence du Préfet de l’Eure. En 1890, le coût de la Fête de nuit se monte à près de 3000 francs pour la Municipalité. 

Restons en contact

Inscrivez-vous à la lettre d’information

Vous avez une question ? Besoin d’un renseignement ? N’hésitez pas à nous contacter.