Portrait Laurent Nicchi

Évreux candidate au Label Ville d’Art et d’Histoire, une belle occasion d‘évoquer le patrimoine musical. Rencontre avec Laurent Nicchi, discothécaire, responsable des collections musique à la Médiathèque d’Évreux depuis 1995.

Laurent, pouvez-vous présenter ? Comment êtes-vous tombé dans la musique ?

Je suis né à Évreux en 1972 d’un père italien né le même jour que Jimi Hendrix le 27 novembre 1942 et d’une mère charentaise. Ils se sont rencontrés dans le bar où travaillait ma mère à Boisset-les-Prévanches. Je suis tombé dans la musique à l’âge de 6 ans grâce à mon père. Ma porte d’entrée a été d’écouter Georges Brassens et Jacques Brel. Mais aussi Ray Charles, mon père me faisait écouter « Hit the Road Jack » en 45 tours et Elvis Presley dont je suis toujours aussi fan aujourd’hui.

Racontez-nous votre parcours.

Je suis un passionné de pêche à ligne et de sport. J’ai eu une scolarité en dents de scie avec des redoublements en 4ème et 3ème. Mon échec scolaire m’a fait m’orienter vers un cycle aquacole. J’ai fait mes études au lycée maritime à Guérande en Loire Atlantique. Pendant ce temps-là, je fréquentais beaucoup les discothèques publiques et je lisais énormément la presse spécialisée en musique. J’ai eu mon bac piscicole et je rêvais de devenir discothécaire.J’ai intégré la section musique de la médiathèque d’Évreux en 1995 après mon service militaire dans l’armée de l’air.

Expliquez-nous votre métier de discothécaire, responsable des collections musique.

Je mets mes goûts personnels de côté, il y a une subjectivité en bonne proportion. Mon métier consiste à acheter des bons disques pour satisfaire toute la population, mais en même temps la surprendre. Je suis un music lover ! Quand je trouve quelque chose génial, j’ai un besoin maladif de le faire découvrir au plus grand nombre. Je suis un passeur, je conseille les gens, je leur fais des propositions, ce qu’un algorithme ne peut pas faire. Il y a de l’humain et de l’émotion avant tout dans la musique et dans mon métier. Je ne suis pas dans la posture du savoir. Je ne connais qu’un milliardième de tout ce qui se passe. J’ai tout le reste à découvrir, je ne suis pas un nostalgique de la musique. Je suis aussi en demande des conseils des gens, ça ne fonctionne pas qu’en sens unique. J’aime bien aussi quand les auditeurs et les auditrices me disent « Vous avez écouté cet album ? Il est super ! ». Il faut inclure la population dans un rapport d’égalité et plus globalement dans le fonctionnement quotidien de la médiathèque. Les utilisateurs doivent être prescripteurs.

Le secteur de la musique a beaucoup évolué. Comment votre métier a-t-il été impacté par cette évolution ?

À une époque, nous avions dans les collections de la médiathèque plus de 38 000 références, aujourd’hui nous sommes plus autour de 12 ou 13 000. Les métiers du disque ont subi des crises majeures. En 2002, la France a enregistré sa plus grosse vente de disques de l’Histoire. Ensuite, internet a écrasé le marché du disque. Aujourd’hui, avec internet et le streaming on peut se faire gratuitement une culture musicale de dingue pour le meilleur et pour le pire ! (rires). Nous sommes moins focalisés sur les collections aujourd’hui. On continue à acheter des disques mais le métier, ce n’est plus seulement prêter des disques c’est aussi organiser des rencontres avec des artistes, créer des playlists, écrire des articles…

Évreux candidate au Label Ville d’Art et d’Histoire, patrimoine et musique qu’est-ce que ces deux mots vous inspirent ?

Le patrimoine ne doit pas être quelque chose « d’arrêté » mais quelque chose de dynamique. On reprend des codes, on se les réapproprie et ça donne quelque chose d’inédit qui est quand même ultra référencé.

Quel est le patrimoine musical d’Évreux ? Forcément, on pense à Jimi Hendrix qui est passé par là, mais quelles sont les autres légendes ébroïciennes ?

Toutes les villes ont une histoire ! Évreux a une histoire particulière avec le rock et le basketball. Hendrix est un vrai bluesman dans une scène rock où il n’y avait pas de noir. Il fait figure d’exception. Il vient de la marge comme tous les grands. Il fait partie du patrimoine, au panthéon des plus grands !

La musique fait partie du patrimoine immatériel de l’UNESCO, ça veut dire quoi immatériel, expliquez-nous le concept ?

Je me suis souvent posé la question, notamment quand le reggae est rentré au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Ça veut dire quoi immatériel ? La musique est invisible mais c’est concret ! Après c’est vrai qu’il y a toujours eu une musique savante occidentale écrite par opposition à une musique populaire non écrite mais transmise selon la tradition orale. Joker, je n’ai pas la réponse.

En parallèle à vos activités de responsable des collections musique à la Médiathèque, vous animez Tour de piste, une émission radiophonique un mercredi tous les 15 jours sur les ondes de Principe Actif. Racontez-nous cette aventure et pourquoi c’est important pour vous.

Quand les spécialistes nous en parlent, on n’écoute plus la musique de la même manière. L’idée, c’est de faire faire raconter la musique par ceux qui savent le mieux en parler qu’ils soient biographes, musiciens, ou reporters. Cette émission est aussi une porte ouverte pour toutes les personnes qui n’ont jamais fait de radio et pour tous les passionnés de musique. C’est une aventure formidable !

On parlait de Jimi Hendrix comme légende du patrimoine musical ébroïcien, justement vous avez eu la chance d’interviewer dans votre émission radio Yazid Manou le spécialiste de cette star, qui a écrit une BD.

Yazid Manou c’est probablement la personne la plus légitime au monde pour parler du sujet ! Si y en a bien un qui peut nous parler d’Hendrix, c’est lui !

Le mot de la fin ?

Je vais citer Jacques Brel qui disait « J’aime que les hommes aient autre chose qu’un ennemi commun, un rêve commun. » La musique permet de vivre ensemble et de rassembler. La musique, c’est ce besoin maladif d’échanger sur une passion commune.

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